Le monstre à deux têtes

Société hybride. Citoyens schizophrènes.
Totalement institutionnalisé, notre identité marocaine s’est construite ces dernières années autour d’un credo « Tradition et modernité ».
L’expression en arabe m’a toujours hérissé le poil tant j’en ai entendu parlé aux journaux officiels (oui il y a des journaux officiels qui prêchent la bonne parole). L’expression en français me paraissait contradictoire et vide de sens.
Pour résumer: nous acceptons la modernité tant qu’elle respecte nos traditions / nous conservons nos traditions tant qu’elles nous aident à nous moderniser.
Irrationnel!
Ce conservatisme progressiste provoque des lectures tout à fait personnelles de chaque citoyen marocain jusqu’à nous rendre complètement schizophrène! Où est la ligne jaune? Sur quel sujet prime l’un ou l’autre? sur le plan professionnel vs personnel? public vs privé? société vs individu?
La ligne éditorial n’a pas été clairement fixée mais le curseur n’est pas le même suivant la position géographique…
Une schizophrénie qui mène certaines personnes à choisir vivre ailleurs pour fuir la tradition ou à s’enfermer dans celle-ci quand ces personnes sont loin sans le vouloir pour préserver le plus possible de cette part d’identité.
Mais notre identité se définit-elle par nos traditions? Permettez moi d’en douter, nos traditions ont évolué bien plus rapidement par effet d’ouverture sur le monde occidental ou oriental d’ailleurs (le voile féminin n’existait pas il y 30 ans de cela). Nos habits traditionnels pour survivre, quand tous les métiers d’art disparaissaient, se sont renouvelés jusqu’à n’avoir de traditionnel que le nom en prêtant à l’habit occidental tous les codes (demi manche, décolleté profond, haute couture…).
Il est clair que chaque peuple doit avoir à résoudre cette équation. Ce qui me fascine c’est que l’on en fasse une obsession telle que cela devienne même un titre de parti politique. Tant ce jeu d’équilibre devient ancré en nous.
Jusqu’à nous déboussoler dans nos relations avec l’autre. Quand faut-il garder notre place « traditionnelle » et quand faut-il nous en émanciper? Regardez nos mariages modernes. Devenus dans nos codes, mariages acceptés comme l’aboutissement d’un processus amoureux qui est plus ou moins défini et où l’argent, la raison, la famille, le statut social, la région ont un droit de regard plus ou moins fort. Où la liberté sexuelle est plus ou moins acceptée. Dans un pays où encore des policiers se permettent de racketter deux jeunes personnes qui se tiennent la main pour raison de légalité (une loi qui ouvre à interprétation très large et qui demande un courage trop fort à nos chers politiques pour être réformée), la modernité tient encore d’un mythe encore lointain au moment même où nos boites de nuit sont connues pour être les plus endiablées de la région.
Si le passé et l’Histoire sont des viviers non négligeable d’une culture, celle-ci dépend surtout du point d’horizon où l’on souhaite aller.
Nous conditionner de manière aussi forte dans cette forme de schizophrénie nous rend hypocrite envers nous même et envers les autres car il est toujours « in » d’être moderne. On en déforme alors le sens, être moderne c’est fumer, boire, avoir la voiture à la mode, le  sac à la mode, le mariage à la mode, l’appart’ en loft américain, porter une mini-jupe, se teindre les cheveux pour les hommes ou porter des bijoux, afficher sa réussite financière, dédaigner les pauvres et le système d’éducation public…
Sans réfléchir à l’état d’esprit lui même car cela nécessite trop de travail et il est vrai qu’au soleil il est plus simple de parfaire son bronzage ou la coupe de sa barbe 🙂 que de faire fonctionner ses neurones.
Les traditions disent de nous quelque chose de profond voir de beau mais au lieu de les comprendre et de les analyser nous préférons les mimer sans jamais les questionner. 
Mais souhaitons nous seulement être libres? Il est bien plus confortable de s’enrouler dans les traditions cela nous évite à nous expliquer combien de fois n’ai je pas entendu: « non cela pas possible c’est hchouma (cela ne se fait pas, la honte aussi)! ».
Je l’écris tout en sachant y être confrontée aussi. Ce monstre vit en moi normalement même si depuis pas mal d’année il a du mal à faire vivre sa seconde tête :).

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