My Home

J’ai soufflé depuis plusieurs mois ma première année à Paris.
Rien d’original pour une marocaine que d’être à Paris (vu le nombre de la diaspora marocaine en France)!

Et pourtant cela me parait être une éternité. Je ne parlerai pas (pour une fois) de ma nostalgie d’être loin de mon pays. Mais plutôt de la dernière partie de ma phrase « mon pays ».

Parfois, je suis consciente de venir d’ailleurs par ma façon d’être, par mon envie de mixer arabe et français, mes mains qui bougent toutes seules dès que je parle (et j’en passe des symptômes de ma « marocanité »). D’autres fois, ce sont les personnes autour de moi qui savent me le rappeler consciemment ou pas (« dans le bled sous la tente »).
Je ne le leur reproche pas, il faut dire que j’en suis fière même aux pires moments (et il y en a souvent).

Tant de fois me suis-je disputée avec des amis ou connaissances sur leurs envies de partir de leur pays. Exaspérés par l’immobilisme, l’hypocrisie sociétale et le manque de liberté, seule la fuite leur semblait une possibilité et un espoir.
Je ne comptais pas partir et seule une raison personnelle (amoureuse) m’a convaincu du bien-fondé de mon départ. Je m’attendais à ce que cela soit dur mais pas à ce point. Pas au point que l’on s’étonne que j’y sois si attachée.

Rien d’admirable dans cette histoire. Sauf qu’à l’heure de la mondialisation, du global/local, de l’atténuation des frontières culturelles, peut-on se rappeler réellement d’où l’on vient? ce qui nous définit? ce qui nous différencie?

On s’étonne dans mon entourage: « comment peux-tu garder ce lien même quand tu sais pertinemment que tu n’auras jamais rien de ton pays? », j’ai répondu que c’était ma terre, celle qui m’a vu naître et celle qui m’a nourri, certes mal des fois mais je l’aime quand même sinon qui le fera ?

Mais je ne peux pas dire que c’est un amour idyllique, je suis consciente de tous nos défauts, nos failles. Mon pays est comme un père dur sans compromis: la liberté n’est pas une évidence il faut se battre pour chaque moment de liberté, ruser à l’infini pour en avoir (jusqu’à la limite de la légalité).
Alors j’envie ceux qui arrivent à s’émanciper de ce lien, d’être assez fort pour couper le cordon…
Mais il vaut mieux s’avouer ses faiblesses et y faire face. Je n’y arrive pas sans un profond déchirement.
J’envie même ceux qui arrivent à assumer simplement la bi-nationalité comme si c’était un simple papier administratif n’impliquant pas des devoirs (juste des droits).

Créer ce sentiment d’appartenance peut être factice rapidement mais ce nouveau monde ne souhaite peut être plus susciter des sentiments profonds…
Pourtant je me demande… si, dans un monde d’incertitudes, savoir que quoiqu’il arrive (genre l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir en France) il existe un lieu où retourner chez soi paraît être une évidence.

P.S: L’expression du bled est celle que je déteste plus que tout au monde. Ma préférence va largement vers « bladi » qui signifie tout simplement « mon pays ». De plus je n’ai guère besoin de l’utiliser en arabe pour le désigner…

 

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