Subir ou créer son protocole?

 
Souvenir de l’Hotel Normandie de Deauville

 
Quand on adopte un nouveau pays et une nouvelle culture, plusieurs questions peuvent se poser.
La première concerne les grands événements de la vie (mariage, naissance, baptême, …) et la seconde concerne les petits moments qui ponctuent le quotidien  (style vestimentaire, nom, accent…). En orient ou en occident la même question se pose (voir même occident/ occident: USA/France…).
Je ne vais pas raconter ici les difficultés du management culturel. Mais plutôt vous parler de la difficulté à choisir ce qui est important.
 
Au final, une adaptation culturelle (assimilation? intégration? je n’aime pas vraiment ces mots trop politiquement connotés) nécessite une priorisation. (Désolée pour la déformation professionnelle mais je vous rassure je ne vais pas faire défiler un Power Point avec des bullet point ^^).

A Rome, il faut faire comme les Romains dit l’adage. Plus facile à dire qu’à faire. Mais au final pour y répondre il faut se poser les questions suivantes:
  • Quelles sont les habitudes auxquelles tu tiens plus que tout au monde et sans lesquelles tu ne peux pas te sentir toi même ? (pour moi ce point se résume pour beaucoup au SOLEIL et à la possibilité de prendre le temps de faire les choses)
(La preuve: …)
Ciel parisien GRIS
  • Quelles sont les coutumes que tu trouves ridicules mais que tu n’as jamais eu l’occasion (le courage) de « zapper » à cause de la pression sociale/familiale ? (pourquoi dire à tout bout de champs « inchalah »? je ne tiens pas à l’occuper personnellement même sur les délais que je dois tenir pour réaliser une impression de documents, demandez aux syriens ou aux népalais leur avis sur la question…)
  • Quels sont les détails de la vie au Maroc ou ailleurs que tu détestes plus que tout? (la corruption, la bêtise, la capacité à dire des gros mots de toutes les possibilités en darija, ME FAIRE HARCELER DANS LA RUE MEME EN DJELLABA, la capacité des inconnus/collègues/policiers/membres de la famille (éloignée ou pas) à poser des questions SUPER intimes sur ma vie PRIVEE)
 
De mon expérience le premier point peut se condenser à 10% (voir moins) du total et il vaut mieux s’accrocher pour les garder sinon c’est dépression assurée.
 
Mais en dehors de ces éléments culturels quotidiens, il est amusant de constater à quel point notre vie en tant que citoyens marocains est codifiés par une quantité considérable de code sociaux.
Des codes pour lesquels invariablement ma maman chérie, à ma question « pourquoi doit-on faire ça« , elle me répond parce que c’est comme cela!
Cette rigidité commence même au menu ramadanesque jusqu’au choix de l’animation d’un mariage.
 
Un conformisme assez fou mais qui met en musique nos moindres faits et gestes. Mettre une robe lors d’un baptême en tant qu’invitée (mais pas pour enfant) fait hausser les sourcils, demander un maquilleur d’alléger le maquillage (fond de teint non blanchâtre et khol façon fille du Golf…) est mission impossible, espérer qu’un orchestre arrive à gérer le son de ses baffes (la sono est un métier d’avenir), rêver que les invités répondent aux invitations « oui je viens/ non je ne peux pas j’ai un empêchement »… Tous ces rêves inaccessibles ne le sont pas tant que ça. Rappelons nous que même cette tradition de « seroual » finit par disparaître (dans les villes déjà!) peu à peu**.
 
Les réponses à coup de  » wili hchouma* ça ne se fait pas » m’exaspèrent certes mais ce qui me fascinent c’est pourquoi sommes nous si accrochés à des éléments aussi futiles que fondamentaux à notre culture. Comme si c’est petits ou grands gestes nous définissaient en tant qu’entité. Avons nous si peur que cela de nous perdre?
 
Pourtant moi je préfère nous définir comme un peuple accueillant, généreux, serviable que peureux!
 
Et je préfère aussi choisir ce que je garde de mon héritage, ce que j’ai de précieux et de bon. Non pas de mesquin, inutile et moche.
 
Il est vrai que je me moquais souvent de cette devise que nos dirigeants adoraient nous répéter « modernité et tradition » (et que je le fais encore). Et je comprends que pour certaines personnes la part de tradition est plus importante dans leur vie. Mais si on arrête pas de nous répéter à longueur de temps nous sommes un peuple tolérant nous devrions l’être aussi avec nous même, entre marocains. (Même si tolérer c’est aussi être agacé…)
 
Faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire n’est pas facile, je le sais plus que toute autre personne.
Mais une fois que je l’ai fait, je me suis sentie réellement plus libre dans mes choix. De choisir et créer mon propre protocole.
 
 
* Le « wili hchouma » est un concept à part entière pour désigner de manière grossière: la honte 🙂 car tout est représentation sociale.
 
** Je suis heureuse pour vous que ne connaissiez pas cette tradition archaique, cela concerne le fait de montrer publiquement (aux membres de la nouvelle belle-famille) que la jeune mariée était bien vierge à sa nuit de noce…
 
 
N.B: Pour les personnes qui auraient des doutes, sachez que cet article n’a aucun lien avec les événements passés ces dernières semaines au Maroc. J’ai choisi volontairement de ne pas en parler ici.
 
 
 

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