Blogging killed Streetstyle

J’ai été longtemps consommatrice des blogs de streetstyle. Ces sites qui étaient à la mode AVANT Instagram.
[Il y avait une vie avant Instagram, je tiens à le rappeler.]
Des Scott Schumann, Garance Doré, Tommy Ton… autant de photographes qui chassaient les looks, silouhettes, styles, visages, détails, expressions, coiffures, exubérances et autres particularités stylistiques qui exprimaient une force et une interprétation personnelle de l’esthétisme.

 

Deux photos issues de Pinterest
Un accès à la photographie urbaine et une découverte anthropologique :
J’avais un plaisir à me connecter chaque matin à ces sites pour:
  • Apprendre l’art de la photo et son esthétisme 
  • Voyager vers des destinations urbaines lointaines (j’étais à Casablanca à l’époque, le conformisme stylistique casablancais m’ennuyait déjà et je recherchais à m’inspirer de cette liberté)
  • Identifier les codes propres à chaque ville: un esprit, un charme, une aura et une énergie propres (l’efficacité nordique, le romantisme-rock&roll parisien, la sophistication maitrisée new-yorkaise,  la coolitude californienne/ australienne, l’excentricité classique italienne)
  • Anticiper l’air du temps avant même les défilés: l’ingéniosité des personnes photographiées qui ne se laissent pas dicter la mode par les marques de mass-market ni de luxe (les it-bags ne sont pas forcément ceux qu’on croit! Un sac en papier? Pourquoi pas!), ne dit-on pas que les meilleurs stylistes s’inspirent de la rue? (la vraie ;))
  • Découvrir les associations audacieuses:
    • Le rouge et le rose se marient bien finalement
    • Le bleu marine et le noir sont les meilleurs amis
    • Les italiens m’ont réconcilié avec les rayures
    • L’appareil photo ou un livre sont décidément les meilleurs accessoire
    • Portez ce qui vous plait, quand cela vous plait, à n’importe quel âge, tant que VOUS êtes bien dedans
Et puis, j’ai découvert Instagram: les comptes à la mode, les comptes pointus, les comptes confidentiels…
J’ai été submergée d’image, tout le temps, partout, en direct.
La suppression de barrière et par des gens « normaux » qui sont alors devenus « Influenceurs ».
La spontaneité a disparu petit à petit. Les « poses » des personnes photographiées sont devenues moins naturelles, avec moins de personalisation  du style, avec plus de sacs ou autres objets sponsorisés, des mises en scène devant des « clichés » touristiques tout à fait stéréotypés pour attirer le « clic », le « like » et générer du trafic.
Le point de non retour a été atteint quand ces « influenceurs » ont diffusé des « vlogs » (mix entre blog et vidéo) pour filmer tous les moments stylés ou soi-disant de coulisses des défilés.
L’indigestion fut atteinte à ce moment de télé-réalité.
À force de vendre du rêve par des personnes plus du tout « normales », la réalité / mise en scène fut complètement fusionnées jusqu’à nous corrompre et nous faire vivre par procuration une réalité qui n’existe pas.
Garance doré a posté, il y a quelques temps, un article sur son surmenage voir saturation/ dégoût de ce monde de paillettes.
Vous pouvez le lire ici.
Le consumérisme a atteint son apothéose jusqu’à mettre en scène ce SUR-consumérisme
J’ai décidé d’écrire dessus, quand hier je tombe sur un post de la célèbre « Song Of Style » qui diffuse une vidéo « je n’ai pas assez de sac » (en français car c’est plus chic durant la semaine de la Mode Parisienne).
Je pense à toutes ces jeunes ou moins jeunes, qui sans recul, se retrouvent dégoutées de leur réalité: loin de tous ces sacs, ces tenues extravagantes, ces diamants, cette frénésie acheteuse, aventurière…
Réfléchissons quelques secondes des impacts:
  • La course à la perfection jusqu’à devenir control-freak car l’imperfection c’est « mal » et c’est « moche »
  • La course au mouvement jusqu’à être malheureux de n’avoir ni téléphone, ni taxi, ni GPS… flâner et se perdre en nous même et dans la ville pour découvrir des trésors NON PREVUS est devenu impensable
  • La course à la comparaison et à la performance jusqu’à ne pas vivre SA vie mais celles des autres par procuration sans jamais voir les forces incroyables de chacune
  • La course au « story-telling » sans jamais raconter les efforts et l’inspiration comme si le talent ne demandait pas du travail (demandez à Zola, Hugo, ou Picasso si leurs œuvres n’étaient pas nées dans la douleur créatrice) comme si le fait de transpirer dans l’effort était aussi « mal » et « mauvais »

 

Deux photos issues de l’Instagram de SongOfStyle

 

Photo Instagram de LanaSalehy

 

Photo Instagram de Engin
J’ai commencé à trier mon flux!
Une expression tout à fait folle.
Mais comme une amie toxique, le moment est venu d’arrêter cette pollution.
Même si je dois l’avouer mon petit pêcher mignon est de partager certaines photos avec de VRAIES amies dans la VRAIE vie et de faire des blagues.
Le 2e voir 3e degré (le rire donc) sauve tout!
Trouvez de vraies inspirations: une voisine, un homme croisé dans le métro, un vendeur au marché.
Connectez-vous avec les personnes autour de vous, elles sont les plus belles inspirations.
J’ai souvent envie de prendre en photo les gens autour de moi. Ils sont tellement libres!
La dernière fois au Maroc, j’aurais voulu prendre en photo le gardien d’immeuble, où vivent mes parents, qui était avec un chapeau façon Humphrey Bogart, chemise rayée aux manches retroussées et pantalon à pinces.
La classe quoi!
La beauté se révèle partout, il suffit de regarder.
C’est la leçon que j’ai retenu des meilleurs bloggeurs de streetstyle.
Donc ouvrons l’œil et le bon :).

 

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