Kaftan your way 3!

Chose promise chose due !
Ci-après l’entretien réalisé auprès de Karam Tazi, créatrice de l’Atelier Karam Tazi Couture.

L’objectif est d’avoir une vision du caftan par une jeune créatrice de Beldi sur le processus de création, les métiers d’art, la prise de risque entre autres éléments qui m’ont toujours intéressé.

[B]: Comment en es-tu arrivée à créer des caftans? par hasard, passion ou héritage?
Karam Tazi à son Atelier et représentée par son logo

[K]: Malgré le fait que ma grand mère et ma mère étaient des couturières il y a fort fort longtemps, je ne suis pas tombée dans la marmite quand j’étais petite. C’est pourtant un héritage familial dans lequel j’ai baigné, un produit que j’adorais déjà petite, mais jamais il ne m’était venu à l’esprit d’en faire un métier. Après un bac scientifique j’ai naturellement opté pour des études « sérieuses » en France, ne pensant pas une seconde que ma passion pouvait devenir une profession. De retour au Maroc avec un Master de Sciences Po en poche, j’ai commencé ma carrière professionnelle dans une entreprise publique, tout ce qu’il y a de plus classique. 

Un an et demi plus tard, une grosse boite de telecom essaie de me débaucher avec des perspectives d’évolutions très intéressantes.
Ce qui aurait pu être une incroyable opportunité pour 99% de personnes carriéristes, m’est apparu comme un cauchemar. Avec les responsabilités, viennent plus d’heures de travail et moins de temps pour soi, pour mes cours de théâtre ou de peinture… Je sacrifierai ma vie pour un job prenant, ou je bosserai certainement le soir, des fois le week end, et des fois le jour de l’aïd. Chouette.
Je n’avais alors que 25 ans mais je me posais déjà les vraies questions sur une carrière aux aspects restrictifs: Combien de nuits blanches je vais passer à bosser sur des lancements? Est ce que je VEUX passer des nuits blanches a bosser sur des lancements? Quelle est ma place de femme au sein de la société? Comment concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle? Est ce que je veux passer ma vie dans un bureau devant un écran d’ordinateur? Pourquoi n’ai-je pas choisi une profession libérale?!?!?!? Qu’est ce que j’aime faire d’autre? Qu’est ce qui me rendrait heureuse? Dans quel domaine pourrais-je briller? Quand je ne suis pas passionnée par ce que je fais, je n’arrive pas à performer, et c’est là que la couture a semblé comme une évidence! J’ai créé alors mon atelier Karam Tazi Couture.
Ce chasseur de tête ne le sait pas mais il m’a rendu un énorme service: il a réellement provoqué une révélation en moi, en me forcant très  tôt à me projeter et avoir un plan de vie, et me demandant réellement « Qu’est ce qui te rendrait heureuse? ». 
J’ai passé les 3 mois suivants à chercher des formations en stylisme modélisme à Casablanca. J’avais quand même les pieds sur terre et je ne voulais pas tout plaquer du jour au lendemain. J’avais besoin de fonds de roulement, de continuer à sortir/ manger / shopper, de payer ma voiture etc. Donc j’ai opté pour une école qui faisait des cours du soir intensifs pendant un an.

Essayage sur Mannequin avant étape du Malles
[B]: Comment ta reconversion professionnelle a été accueillie par ton entourage?
[K]: Pas aussi bien que je l’espérais, pour être honnête. 
Mes parents m’ont toujours soutenu et encouragé dans la voie entrepreneuriale, mais ils ne s’attendaient pas a ce que j’opte pour un métier artisanal. 
Mes amis, quant à eux, ont au début complètement rejeté l’idée, trouvant aberrant qu’après  des études internationales et prestigieuses je me tourne vers une voix on ne peut plus traditionnelle. 
C’était à leurs yeux un choix dégradant, une marche arrière. 
Seules mes amies intimes, que j’avais aidées plus d’une fois dans leur achat de caftans ont trouvé cette décision logique et pleine de sens. 
Les sceptiques ont réalisé par la suite à quel point cela était épanouissant pour moi, certaines d’entre elles ont même fini par adopter le même métier!! 
 
C’est drôle non?
[B]: Comment choisis-tu tes artisans-fournisseurs?
[K]: C’est la partie la plus DIFFICILE de ce métier. Le management des artisans. 
Le nombre de fois où j’ai pleuré, hurlé,  pété un câble, le nombre de fois où j’ai voulu tout abandonner à cause d’un artisan ne se compte même plus. 
Il faut vraiment VRAIMENT être passionné pour tenir le coup. Entre ce que tu veux et ce qu’ils comprennent, entre les initiatives de bonne foi mais qui ne sont pas bienvenues, entre les délais qui ne sont jamais respectés, entre ceux qui éteignent leur téléphones et disparaissent 15 jours avec ton tissu à 7000DH, tu finis par apprendre sur le tas à les manager et surtout tu oublies tout quand tu vois le caftan, que tu as imaginé, prendre vie. 

Ce n’est qu’avec le temps et l’expérience que la situation s’inverse que ça devient eux qui ont besoin de toi.

Choix des associations de couleurs

 

[B]:Quels sont les métiers sur lesquels tu te reposes pour créer un caftan?
[K]: Toutes les pièces que je réalise sont faites à la main de A à Z, et pour cela je compte sur une dizaine de personnes qui travaille pour moi. 
En fonction du travail demandé par la cliente, je peux avoir plusieurs corps de métiers différents: 
  • La « perleuse » a aujourd’hui un rôle central
  • Le maalem reste indispensable quelque soit la pièce, parce que c’est lui qui assemble le tout, mais il peut aussi faire des choses plus sophistiquées (zwaq). Va savoir pourquoi c’est le seul corps de métier exclusivement réservé aux hommes!
  • Les brodeuses ont aussi un rôle majeur, malheureusement elles sont en voie de disparition. J’ai mis des années à identifier de bonnes et fiables brodeuses à la main qui maîtrisent toutes les différentes techniques (brides, rbati, point de croix etc.)
Tous les caftans sont 100% faits main
[B]:Quelles sont tes inspirations?

[K]: C’est la mode occidentale qui m’inspire le plus. 

Processus créatif et dessin pour la brodeuse inspiré l’élégante S.A.R Lalla Salma

 

Comme toute les femmes, j’aime la mode, je scrute religieusement tous les catwalk pendant les fashions week, les robes des stars sur les tapis rouges, les dernières tendances des blogueuses. 
J’ai des avis très arrêtés sur ce que j’aime et surtout sur ce que je n’aime pas. Et pour chaque robe, haut, ceinture que je vois, je visualise son format ou sa version « beldi » et comment je pourrai l’interpréter. 
Je vois du potentiel dans tout ce qui a de la texture, du relief, de la technique, j’accorde beaucoup de valeur à toutes les pièces artisanales, particulièrement travaillées (à l’instar des robes époustouflantes d’Elie Saab). 
Et à l’inverse j’ai tendance à mépriser les pièces qui ne misent que sur leur tissu imprimé, c’est trop facile, c’est de la triche! haha!
Cela doit être une déformation professionnelle.
 
[B]:Quel est le caftan qui t’a le plus marqué?
 
[K]: J’ai commencé par produire des petites pièces (combinaisons, gandouras) et à les vendre à mes collègues, copines, cousines. Puis petit à petit le cercle s’est élargi et j’ai commencé à vendre à de parfaites inconnues grâce au bouche a oreille. 
 
La pièce qui m’a certainement le plus marqué était ma première mariée. 
 
Le niveau de pression atteint est sans limites!
Je dormais/ mangeais/ respirait son caftan. 
Dès mon reveil le matin, je l’appelais pour lui proposer une nouvelle idée. 
Je pense qu’au fond je n’en revenais pas qu’une mariée m’accorde sa confiance pour la rendre la plus belle le jour de son mariage, j’étais euphorique!
C’est un honneur et une grande responsabilité que je prends très au sérieux.


Merci Karam Tazi pour cette contribution éclairante sur le blog!

Derniers détails à vérifier avant le Maalam

Pendant plusieurs semaines, même à distance, le suivi m’avait permis d’être rassuré.
Nous avions échangé sur l’évolution à différentes étapes des caftans. 

Un caftan 2.0! 
J’avais pris un risque de le faire à distance, un risque tout à fait maîtrisé finalement!
Je recevais des photos intermédiaires du processus de création, il fallait pouvoir se projeter sur le résultat final et abouti!
Ci-dessous le genre de photo que j’avais reçu à mi-chemin:

La série d’article sur les caftans se clôture avec cet article, qu’en avez-vous pensé?

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